J’ai grandi dans une famille d’architectes et j’ai moi-même étudié l’architecture avant de passer aux arts plastiques. Mon travail émerge du territoire de l’abstraction, comme l’architecte qui commence son travail par l’abstrait (le plan) et le conduit vers le concret dans lequel des moments, des lieux, des souvenirs et des désirs réapparaissent. Mes œuvres présentent des résidus de Modernisme international, enrichies de sensations matérielles, de mémoire, d’écriture, d’histoire et d’ambiguïté visuelles. 

Mon travail existe dans le contexte d’un intérêt pour les diagrammes. Il met en exergue une façon de penser l’art qui se base sur la logique de la fonction : la “machine abstraite”, une formule empruntée a Gilles Deleuze. Dans mon œuvre, la pièce d’art est ‘machine’ pour dessiner, pour mesurer, pour escalader, pour le sexe, la mort. La réalisation de l’œuvre se produit dans l’expérience, comme une performance où le réel et l’imaginaire se rencontrent. Le personnel n’est pas séparé de ce qui est impersonnel, ce que je vois dans la rue, dans une galerie, dans un livre, ou dans mon bain…Mon histoire se place naturellement durant le travail, elle n’est pas la motivation du travail ni une fin en soi. Le spectateur va repérer des thèmes, des obsessions, peut être chercher a rencontrer l’auteur – ou bien ne pas s’y intéresser et laisser aller son regard sur les toiles et les objets, y trouver ou y re-trouver des fragments de réalité ou le plonger son incertitude.

Dans mon travail, la surface est ‘territoire’. Les toiles se réfèrent en couleur et en texture au monde matériel. Les fonds de toiles sont souvent gris comme les pavés de la ville, couverts d’éraflures, de signes et d’empreintes. Les matériaux proviennent de toutes sphères de la vie, et dont noyés dans le travail d’assemblage. Certaines oeuvres intègrent des objets trouvés, ou des objets ayant appartenus à ma famille. Les œuvres présentées sont à la fois peinture et objet: de loin elles semblent solides comme des sculptures, et de plus près elles deviennent peintures ouvertes. Parfois des mots sont inscrits sur la toile.

Il y a dans mes oeuvres une dichotomie entre le physique et le mental, une anxiété contenue. Le spectateur va être peut être pris d’un léger moment d’inconfort, jusqu’a ce que l’oeil se joigne a l’esprit et suive d’autres chemins…

 

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